Fête l’indépendance 2018 : discours a la nation d’Ali Bongo

Mes chers compatriotes,
Notre Nation célèbre aujourd’hui le 58ème anniversaire de son
accession à l’indépendance. Une indépendance qui s’inscrit comme
l’acte libérateur où notre peuple a affirmé son droit à la liberté
politique, économique et culturelle.
L’indépendance, gage de souveraineté, grâce à laquelle nous pouvons
choisir notre propre voie, notre propre destin. Pour un pays, pour une
nation, c’est le droit le plus fondamental, le plus absolu. C’est aussi
une responsabilité. La plus grande des responsabilités. Une
responsabilité à la fois individuelle : chaque Gabonaise, chaque
Gabonais a des devoirs. Et une responsabilité collective : tous les
Gabonais doivent aimer leur patrie et cultiver leur attachement à la
terre, aux symboles, aux traditions, aux grands hommes comme à tous
les autres car notre communauté est une et indivisible. Il n’y aurait
pas, comme voudraient le penser certains, un bon Gabon et un
mauvais Gabon. Il n’y a qu’un seul Gabon. Aimons-le! Chérissons-le!
Préservons-le!
Ce 17 août est aussi un jour de fête. Le jour de notre fête nationale.
Un jour où nous célébrons ensemble, tous ensemble, réunis par
l’amour de la patrie, les valeurs républicaines d’union, de travail et de
justice. Car oui, il y a un lien entre le pays, la patrie et la République.

Le pays est le berceau de notre patrie, et la patrie est socle de notre
République, construction collective qui part du passé et va vers
l’avenir. Un avenir que nous souhaitons tous meilleurs, pour nos
enfants, nos parents, nos voisins, nos concitoyens.
Le mot Patrie, évoquait pour les anciens, « la terre des pères », la terre
des ancêtres. La patrie était pour chaque homme, la part de sol que sa
religion domestique ou nationale avait sanctifiée. L’amour du Gabon,
l’amour de la patrie est le meilleur garant de la défense de notre
République.
A l’heure où nous devons plus que jamais magnifier notre patrie,
célébrer notre indépendance et rechercher dans notre vécu commun,
les ressorts de notre passion pour le Gabon, force est de constater que
certains compatriotes, de plus en plus nombreux hélas, se laissent
tenter par les idées populistes, irresponsables et dangereuses, qui au
nom d’un prétendu nationalisme, prônent le repli sur soi et le rejet de
l’autre, du seul fait de ses origines.
Les idées prétendument nationalistes partout où elles ont prospéré
n’ont conduit qu’à la ruine et à la désolation des peuples. C’est en effet
au nom des nationalismes que le monde bascula dans les deux grandes
guerres, avec le cortège d’horreur que l’on sait.
Ce sont également les idées nationalistes qui ont conduit, à l’intérieur
d’un même pays aux génocides et aux épurements ethniques.
En effet, se fondant au départ sur le rejet de l’étranger par la
préférence nationale, le nationalisme finit par se muer en préférence
provinciale ou religieuse, pour finir en préférence ethnique ou tribale.
Toutes choses qui diffèrent du patriotisme. Alors que le nationalisme
est le rejet de l’autre au nom de la nation, le patriotisme est au contraire
l’acceptation et l’implication de l’autre, quelles que soient ses origines,
dans l’œuvre de construction de cette même nation.
Lorsque le président Léon Mba disait « Gabon d’abord », il
n’entendait nullement le rejet de l’autre.
Par cette affirmation très forte, le père de l’Indépendance entendait
placer le Gabon au-dessus de toutes autres considérations.
Il entendait également par-là que ceux qui ont choisi le Gabon comme
leur pays, doivent de même magnifier, célébrer leur nation et
contribuer à son développement.
C’est pourquoi le président Omar BONGO ONDIMBA pouvait dire
« lorsqu’un étranger nous apporte sa force de travail, apportons-lui
notre amitié en retour ».
Ce 17 août est le jour de l’indépendance du Gabon. C’est aussi
le jour de la fierté gabonaise. Une fierté à l’image de notre
souveraineté : pleine et entière. Alors, je pose une question : si le
Gabon est partout respecté dans le monde, pourquoi ne le serait-il pas
chez nous ? Parfois, certains de nos concitoyens sont tentés de
vilipender leur pays. Ce faisant, ils se mettent hélas d’eux-mêmes en
marge de la communauté nationale, en marge de cette grande
entreprise de construction collective de l’avenir en commun. Et, ils
affaiblissent la Nation.

Mes chers compatriotes,

Le 17 août est pour moi, doublement, un jour de joie. Non seulement
parce qu’il s’agit de notre fête nationale. Mais aussi parce qu’il me
donne l’occasion de m’adresser à vous, directement et en toute
franchise.
Il me semble que ce qui fait avancer toutes les sociétés humaines, c’est
leur capacité à avoir un double rapport avec l’héritage légué par les
générations précédentes.
Ce double rapport, c’est d’un côté la préservation de ce qui constitue
les éléments positifs et forts de notre identité, quelle que soit
l’époque ; et d’un autre côté la rupture avec des manières de penser et
d’agir du passé, qui doivent permettre à notre société de s’adapter à
un nouveau contexte, d’évoluer et d’écrire de nouvelles pages de notre
histoire collective.
Lorsque je me suis présenté devant vous en 2009 puis en 2016 pour
assumer la responsabilité de la Présidence de la République, je vous ai
fait part des ruptures qui me semblaient nécessaires pour garantir
notre avenir commun.
La première de ces ruptures est celle qui doit voir notre société
et notre économie passer d’un modèle de rente et d’extraction à
un modèle de production.
La crise que nous avons vécu ces quatre dernières années nous a
montré la pertinence de ce diagnostic, ainsi que la nécessité d’aller
encore plus loin dans la mise en œuvre des solutions que nous avons
préconisées.

Nous savons tous que le chemin qu’il nous reste à parcourir ensemble
est encore long. Nous pouvons tous les jours constater à quel point
notre système offre de nombreuses opportunités d’entreprendre,
d’améliorer et de créer des solutions innovantes. Ne faisons pas la fine
bouche devant les avancées significatives que nous avons réalisé ces
dernières années.
Je songe en particulier au fait que le Gabon s’est imposé comme le
premier exportateur africain de feuilles de placage, de contreplaqués
et de bois sciés. Notre filière industrie du bois crée en moyenne 1000
emplois par an, dont de nombreux emplois qualifiés dans les nouvelles
usines qui ouvrent leur porte, notamment dans la Zone Industrielle
de Nkok.
Cette zone industrielle a d’ailleurs été primée comme l’un des
meilleurs exemples africains d’industrialisation réalisé ces dernières
années en Afrique.
Autre motif de satisfaction, la courbe de l’emploi repart à la hausse.
Au premier semestre 2018, 5177 emplois ont été créés suivant les
déclarations adressées par les entreprises à la CNSS. Cela nous laisse
penser que notre objectif de créer 10 000 emplois par an sur une
période de trois ans est à portée de main, si nous poursuivons nos
efforts. Ainsi, si cette dynamique se confirme, notre secteur privé
emploiera de nouveau plus de personnes que notre secteur public, ce
qui sera un nouveau signal de la transformation structurelle de notre
économie.
Autre symbole fort : nous sommes en train d’inverser la dynamique
de l’exode rural, en redonnant des perspectives attrayantes dans les
villes secondaires à l’intérieur du pays. L’opérationnalisation du Fonds

d’Initiatives Départementales viendra consolider cette dynamique,
avec le financement des initiatives économiques lancées sur le terrain
par les acteurs économiques et institutionnels qui pourront s’appuyer
sur cet outil pour accélérer le développement de leur territoire.
Mes chers compatriotes,
La seconde rupture que nous portons est le combat pour
l’égalité des chances. Malgré les principes fondateurs de notre
modèle républicain, qui pose que toutes les gabonaises et tous les
gabonais sont égaux en droit, notre société a historiquement érigé des
passe-droits et avantages indus entre vieux et jeunes, hommes et
femmes, personnes privilégiées ayant accès à des responsabilités
contre personnes sans relations.
Nous savons tous que ces comportements sont condamnables et
handicaperont notre développement. J’ai décidé de placer l’égalité des
chances au cœur du projet présenté en 2016. J’ai commencé à traduire
ces engagements en acte, avec la nomination de jeunes cadres
méritants à des positions de responsabilité, en soutenant l’accès aux
responsabilités des femmes, en universalisant l’accès aux soins de
santé et en promouvant, en toute circonstance, la méritocratie.
J’entends poursuivre et accentuer ce mouvement.
L’égalité des chances, c’est aussi s’assurer que nos ressources
limitées servent à ceux de nos compatriotes qui en ont le plus
besoin : les personnes âgées, les veuves, les orphelins, les personnes
malades qui doivent se faire soigner et acheter des médicaments, les
enfants qui comptent sur l’éducation de l’école publique pour
améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs parents, les
personnes isolées qui ont besoin que l’ambulance ou les assistantes

sociales viennent à eux, aux femmes sans moyens qui ont le droit
d’accoucher dans la dignité.
En période de recherche d’une meilleure efficacité budgétaire, nous
devons soit renoncer à notre devoir de solidarité, soit accepter de
porter les réformes douloureuses mais nécessaires pour lutter contre
les gaspillages et les dépenses moins opportunes que d’autres.
J’ai fait le choix de renforcer notre politique sociale et de lutter
contre les gaspillages, et j’assume cette position.
J’ai fait le choix d’imposer la gratuité des frais d’accouchement, de
rééquiper les écoles publiques et d’éclairer des quartiers laissés à eux
même. Pour financer ces mesures, j’ai demandé à ce l’on paie
seulement les salaires des fonctionnaires qui travaillent réellement et
sont présents à leur poste, et de supprimer les doubles salaires et les
avantages indus.
J’assume totalement cette position.
Certains de mes détracteurs m’ont accusé de folie d’engager ces
réformes à quelques mois d’un scrutin électoral. Ils ne sont pas le Chef
de l’Etat et ils n’assument pas mes responsabilités. Je dois répondre
du bien-être de tous mes concitoyens et je suis prêt pour cela à
endosser la responsabilité de réformes parfois impopulaires mais que
j’estime nécessaires à notre bien collectif.
Je serai jugé par vous et par l’histoire. J’entends, avec les gabonais de
bonne volonté qui partagent ma vision de notre avenir collectif,
préserver les acquis de notre héritage national, engager les ruptures
indispensables qui garantiront le maintien et le développement de