Le Kévazingo : une mise en réserve salutaire selon l’ONG Conservation Justice

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Le gouvernement a décidé au cours du conseil des ministres du … de mettre en réserve le Kévazingo, ce bois à l’origine de tant de scandales, pour le sauver d’une disparition programmée et dont le processus a été enclenché et exécuté par les forestiers et leurs différents complices au sein des populations et de l’administration des Eaux et Forêts.

Le Kévazingo pourrait être sauvé définitivement s’il venait à être classé par le gouvernement et la CITES comme « espèce intégralement protégée », comme le sont d’autres espèces végétales et animales dont la survie pose aujourd’hui question. Et si ce n’est pas encore le cas, le gouvernement a pris sans doute la voie suprême pour sauver le Kévazingo de la disparition.

En effet, la décision du Conseil des Ministres, sur proposition du ministre des Eaux et Forêts, Pacôme Moubelet Boubeya, a décidé de mettre en réserve la célèbre essence qui est à l’origine de plusieurs scandales et victime d’un système de corruption qui a coûté aux directeurs provinciaux du Woleu-Ntem et de l’Ogooué-Ivindo leurs têtes ainsi que celles de certains hauts fonctionnaires du ministère des Eaux et Forêts qui étaient d’ailleurs visés par une enquête du tribunal spécial. Luc Mathot rappelle à suffisance que dans cette exploitation illégale du Kévazingo, « ni l’Etat, ni les populations ne bénéficiaient de l’exploitation du Kévazingo à sa juste valeur, et on comprend donc que l’exploitation a été suspendue jusqu’à ce que des mécanismes plus durables et rationnels soient mis en place ».

Il faut bien dire que le Kévazingo vaut en moyenne 1 million de CFA au m3. Très demandé en Chine et ailleurs dans le monde, la quête du précieux bois a motivé les exploitants qui ont impliqué les villageois comme pisteurs et les agents des Eaux et Forêts qui, en l’absence d’une loi interdisant ou régulant l’exploitation, n’ont pas opposé de refus aux demandes de récupération ou de coupe de centaines de spécimens dont la majorité étaient hors diamètre. Luc Mathot, le directeur exécutif de l’ONG Conservation Justice rappelle à juste titre que «de nombreux systèmes opaques de blanchiment de bois ont été développés, que ce soit à travers les Forêts Communautaires, les récupérations de bois soi-disant abandonnés, les ventes aux enchères ou encore le non-respect des normes d’aménagement dans certaines grandes concessions ».

Il faut se souvenir que le Kévazingo est un patrimoine culturel pour le peuple Fang du Gabon. Ce peuple lui attribue une puissance et une richesse spirituelle et médicinale depuis des siècles qui ont fait qu’il était interdit chez les fang anciens de couper ce bois. Cela explique sans doute que de nombreux spécimens coupés aient défrayé la chronique, suscitant la colère des populations respectueuses de leurs traditions. Cela explique aussi en effet le fait que plusieurs Kévazingos soient hors diamètres puisqu’en effet ils étaient comme protégés pendant des siècles par les populations. Pour Luc Mathot, « C’est une décision courageuse du Gouvernement qu’il faut féliciter. Le Kevazingo a une valeur culturelle et traditionnelle importante en plus de sa grande valeur économique. Or, son exploitation n’est souvent ni durable, ni rationnelle et met en péril sa survie dans de nombreuses forêts gabonaises ».

La course effrénée pour le Kévazingo avait notamment mobilisé les ONG gabonaises comme Brainforest et surtout Conservation Justice qui a permis à différents parquets de mettre la main sur de nombreux exploitants véreux et de révéler de nombreux scandales comme ceux des Kévazingos volés de Bitam et illicitement coupés de Mandji. Après une première décision de suspendre la coupe du Kévazingo à la veille de la COP21 en décembre 2015, cette nouvelle mesure du gouvernement a l’effet d’un baume au cœur pour l’ONG Conservation Justice.

L’ONG Conservation Justice espère désormais que la décision du gouvernement va être appliquée avec la plus grande rigueur, que les mécanismes de contrôle et de répression seront clairement définis et exécutés de sorte à détruire tous les systèmes occultes de coupe, de transport et de transformation illégale du précieux bois qui a permis d’enrichir de nombreux exploitants et entreprises normalement constituées ou non.